 La Celestion Ditton 66 Studio Monitor Encensée par de nombreuses critiques à l'époque (milieu des années 70), la Celestion 66 Studio Monitor (aussi appellée Ditton 66) compte encore de nombreux enthousiastes de nos jours... pour autant de détracteurs ! Qu'en est-il de cette enceinte ? Pourquoi déchaîne-t-elle encore les passions ? Tentative de réponse ici.
Présentation
La 66 est imposante. Elle a la taille d'une grande colonne, assez large et particulièrement lourde. Le coffret, correctement renforcé, est composé d'aggloméré plaqué bois, en tout cas sur sa face avant. Je n'ai pas pu déterminer si les parois latérales étaient faites de plaquage ou de bois plein, leurs faces intérieures étant d'aspect similaire aux faces extérieures. L'ensemble, robuste, est équipé d'un cache de protection en tissu épais monté sur une solide grille... qu'on aura tendance à retirer pour l'écoute, afin d'éviter toute perturbation dans la propagation du son.
Au niveau des éléments, on retrouve un tweeter à dôme rigide pour l'aigu, le Celestion HF2000. Cet élément était à l'époque utilisé par la BBC dans ses enceintes de rmonitoring. L'élement medium (MD-500) est -particularité intéressante- à dôme également. C'est sans doute l'élément le plus étonnant de cette enceinte, ce qui lui donne le plus de caractère et de naturel à l'écoute à mon sens... mais aussi son talon d'achille ! Explication plus bas... Terriblement massif pour un "simple" élément medium, sa plage de fréquence est large et sa fréquence de coupure particulièrement basse.
La Ditton 66, malgré la présence de 4 éléments, est une enceinte 3 voies. En effet, le deuxième élément de grave est un radiateur passif. Le mouvement de réaction de cet élément par-rapport au déplacement du woofer principal de 30 cm permet de renforcer le rendu du grave (contrairement, par exemple, à la conception classique bass-reflex qui, elle, utilise dans ce but le déplacement d'un flux d'air dans un évent). Cette technique offre l'avantage de pouvoir produire des sons très graves avec peu de distrortion. Son désavantage est que cette enceinte, mal pilotée, peut produire un son très traînant. Là encore, rendez-vous plus bas pour d'avantage d'explications.
 Ditton 66: vue sur le tweeter et le medium à dôme MD500 Ecoute
Ampli: Pioneer SA-9900 / Lecteur CD: Technics SL-P770. Les câbles utilisés sont standard mais d'une section raisonnable. Equalizer de l'amplificateur désactivé (aucune correction).
Grâce au système passif, le grave de cette enceinte descend vraiment très bas. Sur des enregistrements que j'avais l'habitude d'écouter sur d'autres enceintes, certains sons dont j'ignorais jusqu'à l'existence se font immédiatement remarquer. La contrebasse du jazz ou les basses électriques du rock se font entendre d'une manière particulièrement intelligible. J'ai été surpris de découvrir la texture nouvelle de ces instruments, qui auparavant était "perdue" dans le son, comme étfoufée. Sur ce point, c'est vraiment remarquable. Les jeux de basse funk en slap ressortent également d'une fort belle manière.
Le deuxième point fort de cette enceinte, c'est le medium. Le son qui en sort est terriblement texturé. Est-ce la technique du dôme qui lui confère cet avantage ? L'écoute de guitares sèches ou de violons est étonnante. Les timbres sont magnifiques. De loin mon enceinte préférée à ce niveau !
L'élément aigu n'est pas en reste. L'enceinte est capable de monter haut en fréquence, les aigus sont cristallins et ont eux aussi une très jolie texture.
La scène sonore est superbe. Certaines écoutes sont très prenantes, presque "épiques"... Ces enceintes m'ont fait redécouvrir de nombreux enregistrements. Les écoutes de bons albums de jazz sont somptueuses.
Mon système
Pour info, la configuration utilisée actuellement sur mes 66 est la suivante:
- Amplificateur intégré Yamaha A-S2000
- Lecteur CD-SACD Yamaha CD-S2000 (liaison symétrique avec l'amplificateur)
- Câble HP Qed Silver Anniversary XT
A l'écoute, cette association donne de meilleurs résultat que le Pioneer SA-9900 et le McIntosh MC300 précédemment utilisés sur ces enceintes. Scène sonore superbe, grave bien maîtrisé, belle exploitation du MD500. Un mariage heureux avec les Ditton !
Une mise à jour des filtres a eu lieu. Afin de rester cohérent avec la conception initiale, des condensateurs chimiques similaires aux originaux ont été sélectionnés. Il s'agit de modèles Alcap (50V, +-2%), disponibles sur le site Falcon Acoustics (UK). La partie tweeter du filtre (condensateurs verts céramique) n'a pas été modifiée.
 Schéma du filtre de la Ditton 66 (version PCB) La manoeuvre a donc consisté à remplacer les condensateurs noirs Elcap d'origine par les équivalents neufs en Alcap. Les valeurs de 72µF et 4µF étaient disponibles. La valeur 24µF, quant à elle, a été obtenue en montant deux 12µF en parralèle. La mise à jour du filtre est une opération aisée et sans danger si elle est réalisée méticuleusement. Il est tout à fait possible de revenir en arrière en cas d'erreur.
Pour ma part, la mesure des condensateurs (après dépose de ces derniers) ont révélé que les 4µF avaient perdu leurs spécifications initiales.
Après écoute, il a été constaté une amélioration au niveau du médium (impression de plus de détails, un peu plus projeté qu'auparavant). Le fait que les valeurs 4µF (C5) étaient situées au niveau du filtrage du MD500 n'est sans doute pas étranger à cette constatation.
Exigeances, fiabilité, pannes...
Faire fonctionner convenablement une paire de 66 peut s'avérer être une quête sans fin qui pourrait décourager nombre d'enthousiastes.
Tout d'abord, Le système passif demande un ampli puissant et stable. Les amplis chétifs ou mal conçus sont fortement déconseillés, sous peine de bouillie sonore inaudible due au traînage excessif d'un HP de grave mal exploité, traînage amplifié doublement par le radiateur passif.
 Ditton 66: une enceinte imposante et exigeante. De plus, l'utilisation de mauvais amplis amènera éventuellement l'auditeur à pousser le volume, ce qui peut s'avérer risqué. Le talon d'achille des Celestion de l'époque, c'est la fragilité des éléments à dôme. Comme pour les 33, et encore d'avantage ici puisque l'élément medium est concerné également ! Une source de qualité est primordiale. Pousser le volume à fond avec un ampli de qualité hasardeuse est à éviter absolument sur ces enceintes.
Il est rare de trouver d'occasion une paire équipée de ses mediums ou tweeters d'origine. Au mieux, les éléments grillés auront été changés par Celestion à l'époque, qui faisait alors volontiers le remplacement puisque c'était la première cause de panne sur ces modèles. Au pire, on trouvera sur les sites de vente des modèles avec des éléments grillés ou remplacés par d'autres... achat déconseillé, l'enceinte perd dans ce cas tout son intérêt.
Avec le temps, ces éléments peuvent également commencer à émettre, à certaines fréquences, des grésillements bien désagréâbles. Dans ce cas, interdiction également de pousser le volume, le risque de fonte de la bobine est important. La cause de ces grésillements n'est pas définitivement connue. Ici, on évoque le vieillissement de la substance dont sont enduites les suspensions. Là , on pointe du doigt le filtre ou une soudure sèche. D'autres encore évoquent un décentrage de la bobine. J'ai moi-même connu ce phénomène sur les miennes. Après un nettoyage de l'entrefer et une série de tests aux fréquences données par Celestion pour cet élément, le service center qui s'en est occupé n'a rien constaté d'anormal. Perplexe, je les ai remontés dans mes 66, et les grésillements ne sont plus réapparus. Un simple nettoyage aurait-il suffi ? Mystère... Il me semble néanmoins qu'une restauration de l'élément constitue la meilleure solution si ce phénomène persiste.
La quête de pièces de rechange pour la 66 est pénible. Certaines personnes peu scrupuleuses en profitent: de nombreux vendeurs en viennent même à revendre des paires de 66 en pièces détachées sur les sites d'enchères, espérant en tirer beaucoup plus qu'en vendant l'enceinte complète... Méfiance, la plupart des éléments d'occasion présenteront probablement tôt ou tard le symptôme du grésillement, si ce n'est pas déjà le cas. Ecoute indispensable, ne jamais acheter à l'aveuglette.
En bref
 Le filtre de la Ditton 66 La Ditton 66 est à réserver aux passionnés conscients des points forts mais aussi des faiblesses de ces enceintes Aux gens qui sont à fois tentés par une quête de matériel correct, stable et particulièrement fiable pour les faire fonctionner, mais aussi par les éventuelles restaurations ou réparations qui semblent être tôt ou tard un passage obligé.
Passés ces détails, le son devrait ravir plus d'un amateur de vraie musique. Mises en oeuvre avec patience, ces enceintes sont capables de prouesses véritablement exceptionnelles pour le prix.
L'enceinte est trouvable pour des prix parfois relativement bas. Un conseil: toujours demander une séance d'écoute au vendeur avant achat pour juger de l'état des composants. Ne pas hésiter à emporter des enregistrements avec des passages très stridents (piano, guitare électrique) et à pousser légèrement le volume en les écoutant. C'est sur ce type de musique qu'un MD500 en mauvais état montrera des signes de faiblesse.
Cote de l'occasion: très variable selon l'annonce. Les modèles en parfait état dépassent en général 500€.
Documents:
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Bonne lecture !
Galerie: le filtre de la 66 dans sa première version soudée "en l'air". (un grand merci à Hugo)
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